La longue (et difficile) route des Class40

Plus de 30 000 milles d’aventure majuscule, cinq belles étapes, des escales de choix : le format de la Global Ocean Race, le tour du monde en double dont le départ sera donné de Palma de Majorque le 25 septembre, a de quoi séduire les protagonistes de la Class40. Le succès était attendu, pourtant seuls huit duos prendront part à cet événement appelé à devenir un rendez-vous phare d’une classe qui suscite par ailleurs un réel engouement. Tour d’horizon de l’épreuve et enquête sur les raisons de cette participation relativement faible.

Une circumnavigation de neuf moisescales comprises – en double sur un bateau de 12 mètres : voilà ce qui attend les concurrents de la deuxième édition du tour du monde réservé aux Class40, lancé en 2008 sous le nom de « Portimao Global Ocean Race » et maintenant appelé Global Ocean Race, qui partira le 25 septembrede Palma de Majorque.

Dans un contexte d’inflation des coûts – une participation au Vendée Globe coûte plusieurs millions d’euros –, la GOR tranche en proposant de courir autour du monde avec des budgets raisonnés. Tout en prenant soin de concilier performance, aventure, authenticité et convivialité, autant de valeurs chères à la Class40.
Et les huit équipages engagés – Jean-Edouard Criquioche et Jacques Fournier (Groupe Picoty) ont annoncé leur désistement cette semaine – vont voir du pays ! Méditerranée, Atlantique, Océan Indien, Pacifique, Mer des Caraïbes : les organisateurs de la Global Ocean Race leur ont concocté un parcours complet, en cinq étapes. 7 400 milles entre Palma de Majorque (Espagne) et Le Cap (Afrique du Sud), puis 7 500 milles jusqu’à Wellington (Nouvelle-Zélande), 6 100 milles jusqu’à Punta del Este (Uruguay), 6 000 milles jusqu’à Charleston (Caroline du Sud, Etats-Unis), enfin 4 200 milles retour jusqu’à Palma. Total : plus de 30 000 milles dont le détail est donné ci-contre. Si la course dure 9 mois, les organisateurs prévoient un temps de course cumulé d’environ 157 jours.
Plus qu’un coureur français au départ
Après le désistement de Jean-Edouard Criquioche et de Jacques Fournier (Groupe Picoty) – qui ont choisi de «réorienter leur programme», la France ne sera représentée que dans le très expérimenté duo franco-britannique composé d’Halvard Mabire – déjà cinq circumnavigations au compteur ! – et de Miranda Merron (Campagne de France), qui compte parmi les grands favoris au départ.
Autre « habitué » des tours du monde, le Néo-Zélandais Ross Field fera équipe avec son fils Campbell. A noter également, la présence d’un équipage 100% féminin composé de l’Anglaise Hannah Jenner – qui a elle aussi une navigation autour du monde à son actif, la Clipper Round the World Race 2008 – et de l’Allemande Anna-Maria Renken.
Deux skippers ont décidé de profiter de la possibilité de changer d’équipiers. Ainsi, le Belge Michel Kleinjans, vainqueur de la Portimao Global Ocean Race 2008-2009 en solitaire, sera d’abord associé au Britannique David Thomson, avant d’être rejoint par son compatriote Ian Wittewrongel.
De même, quatre navigateurs (Ruud van Rijsewijk, Frans Budel, Bas Bax-Kiburg et Erik van Vuuren) se relaieront aux côtés du skipper Néerlandais Nico Budel, également au départ de la première édition, qu’il n’était pas parvenu à boucler.
Les autres concurrents sont tous bizuths du tour du monde. Il s’agit des duos composés des Sud-Africains Nick Leggatt et Philippa Hutton-Squire (Phesheya-Racing), de l’Italien Marco Nannini et du Britannique Paul Peggs, et enfin du Néo-Zélandais Conrad Colman et de l’Espagnol Hugo Ramon (Desafio Mallorca).

Ces huit équipages tenteront de succéder aux Allemands Boris Herrmann et Felix Oehme, vainqueurs de la Portimao Global Ocean Race, qui avait réuni en 2008 quatre équipages et deux solitaires (voir encadré).
Un format attractif, et pourtant…
En juin 2009, les Allemands Boris Herrmann et Felix Oehme ont remporté la première édition du tour du tour en double avec escales réservé aux Class40, alors appelé « Portimao Global Ocean Race ».

Epreuve internationale s’il en est, la Global Ocean Race regroupe sur une même ligne des marins venus de huit pays (France, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Allemagne, Afrique du Sud, Italie, Espagne, Pays-Bas), dont certains sont rarement représentés dans les courses au large. Cet éclectisme s’explique en partie par le format de l’épreuve, à mi-chemin entre la course au large à la française – axée sur le solitaire – et la course au large à l’anglo-saxonne – davantage centrée sur l’équipage. Mais aussi par le caractère international de la Class40 qui, bien que majoritairement française, accueille en son sein des adhérents originaires de nombreux pays, dont certains – comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou encore l’Afrique du Sud – dans lesquels il est quasiment impossible de décrocher des gros partenariats, surtout pour les skippers peu connus.

D’où l’intérêt de la Global Ocean Race, qui permet de courir autour du monde dans des budgets plus accessibles, donc de décrocher des sponsors pus facilement. Selon les organisateurs, une participation à la GOR se joue autour de 605 000 euros, tous frais compris pour un Class40 neuf, et autour de 375 000 euros pour un bateau d’occasion.
Pourtant, si la participation à cette deuxième édition est en hausse, elle reste nettement en deçà des espérances de l’organisateur de la GOR… Surtout si l’on compare ces huit inscriptions à l’engouement que suscite la Class40 – 44 inscrits lors de la dernière Route du Rhum !
 A l’image de Tanguy de Lamotte, une dizaine de skippers avait fait acte de candidature sur la GOR, avant de se rétracter pour diverses raisons, principalement d’ordre financier.

Certes, le principe d’un tour du monde en Class40 ne fait pas l’unanimité, notamment auprès de certains amateurs qui le jugent irréalisable.

Mais initialement, il s’agissait de 19 équipages, dont cinq français, qui avaient fait acte de candidature, ce qui pouvaient faire raisonnablement espérer les organisateurs de réunir une flotte fournie.
Hélas, les raisons de cette participation relativement faible semblent implacables. «Il est certain que le climat économique a un impact sur les sponsors sportifs, même à l’échelle d’une campagne de la Global Ocean Race relativement peu chère, car personne n’est à l’abri de cette situation, avance Josh Hall, le Directeur de course. Ceci nous a mené à une réduction inévitable de la taille espérée de la flotte pour cette édition.»
De leurs côtés, les skippers s’enthousiasment bien pour ce format, y compris ceux qui suivent un programme sportif complet. «C’est la seule course autour du monde à laquelle j’envisage de participer, confie Tanguy de Lamotte, récent vainqueur de la Fastnet Race. On peut monter un projet avec une équipe réduite et être compétitif avec des budgets maitrisés, en faisant en plus un beau voyage – car ce serait quand même dommage de faire un tour du monde sans s’arrêter !»

Stéphane Le Diraison, vainqueur des Sables-Horta-Les Sables en juillet dernier, renchérit : «La Global Ocean Race est une course géniale et un challenge stimulant, parce qu’elle préserve les valeurs d’origine d’un tour du monde – l’aventure et la découverte – et permet aussi aux amateurs de continuer à rêver.»
Mais ni l’un ni l’autre ne se trouvent sur la ligne de départ, même s’ils le souhaitaient et que Tanguy de Lamotte faisait partie des 19 préinscrits. Pourquoi avoir renoncé ?
Question de choix, dans un contexte économique effectivement difficile. De Lamotte explique qu’après le retrait de Novedia à l’issue de la Route du Rhum, Alex Olivier, un autre de ses partenaires, a consenti à combler le manque de budget induit par ce désistement. «Dès lors, cela paraissait logique que je défende mon titre sur la Solidaire du Chocolat 2012 avec mon partenaire chocolatier ! D’autant que c’est la course pour laquelle il était venu au sponsoring voile.
Participer à la Global Ocean Race n’entrait donc pas dans son axe de communication». Et d’ajouter : «J’ai eu des propositions pour rejoindre des skippers qui prendront le départ (Michel Kleinjans et Ross Field), mais j’ai préféré garder mon bateau.»
Dans cette équation, la chronologie des événements et le temps de préparation comptent aussi dans les hésitations de Stéphane Le Diraison. «Bien que dix fois moins cher qu’un Vendée Globe, la Global Ocean Race nécessite un certain budget. L’ayant obtenu tardivement, j’ai décidé de ne pas prendre le départ, car je considère qu’une telle course nécessite un temps de préparation important pour partir dans de bonnes conditions et espérer être compétitif.»
La durée de la course n’est pas à négliger non plus. «C’est un inconvénient pour certains skippers et certains sponsors, note De Lamotte. En ce qui me concerne, cela aurait changé ma manière de fonctionner. Je suis défrayé, mais pas rémunéré sur mon projet en Class40. Je gagne donc ma vie en travaillant chez Carver. Si je m’arrêtais de bosser pendant neuf mois, il faudrait que je parvienne à dégager des salaires pour moi et mon coéquipier.» Ce que Le Diraison confirme : «C’est compliqué, car nous avons tous des considérations extra sportives, que nous soyons professionnels ou semi-amateurs comme moi. Il faut être prêt à tout mettre de côté pendant neuf mois. C’est compliqué, car nous avons tous des considérations extra sportives, que nous soyons professionnels ou semi-amateurs comme moi. Il faut être prêt à tout mettre de côté pendant neuf mois. Sportivement, cela oblige aussi à faire des choix, comme de passer à côté de la Transat Jacques Vabre cette année, et en 2013 pour la prochaine édition de la GOR.»
Justement, cette « concurrence » de la Transat Jacques Vabre a-t-elle eu un impact sur la participation à la Global Ocean Race ? Sur cette question, les points de vue divergent. Stéphane Le Diraison : «Pour moi, cela a beaucoup joué. Les sponsors raisonnent en termes de visibilité et de retour sur investissement. La Global Ocean Race est une course en devenir qui n’a pas encore beaucoup de retentissement en France, alors que la Jacques Vabre est un événement directement exploitable, et moins cher. Y participer est donc plus avantageux en termes de médiatisation, même si un tour du monde présente des atouts pour les boites internationales qui peuvent communiquer lors des escales.»

De son côté, Tanguy de Lamotte considère que cette superposition de courses n’a pas desservi la Global Ocean Race : «Les programmes ne sont vraiment pas les mêmes. Les coureurs qui n’ont pas réussi à s’engager sur la Global peuvent quand même faire la Transat Jacques Vabre (ce sera d’ailleurs le cas de Tanguy et Stéphane, NDR). Si j’étais parti autour du monde, je n’aurais pas regretté la Jacques Vabre. On ne peut pas tout faire !»
Ironie de la situation présente, tous deux feront en sorte d’être au départ du prochain tour du monde en double avec escales, prévu dès 2013 ! «Après avoir vendu mon bateau à l’issue de la Solidaire du Chocolat, ce sera LA course que j’essayerai de faire», confie De Lamotte. C’est donc à raison que les organisateurs de l’épreuve placent beaucoup d’espoir sur cette troisième édition, qui devrait aussi voir le retour de la catégorie solitaire… «Toutes les équipes incapables de se joindre à nous pour l’événement à venir ont en fait confirmé leur candidature pour la Global Ocean Race 2013-2014», confirme Josh Hall.
En attendant, l’édition 2011-2012 ne manquera peut-être pas tant d’intérêt que ça, au vu de son format, de son parcours et de l’éclectisme du plateau réuni qui devrait suffire à assurer une belle course.
Source : Voiles et Voiliers

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :